Contamination des sols : quand la nature aide la nature

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Contamination des sols : quand la nature aide la nature

Les chercheurs montréalais Franz Lang et Mohamed Hijri sont ravis : leurs découvertes récentes rendraient possible l’inimaginable, soit assainir les sols de la planète entière! Comment? En combinant plantes, champignons et bactéries. C’est ce qu’on appelle la bioremédiation, une technologie verte qui n’a certainement pas fini d’intriguer.


Décontamination des sols : la nature au service de la nature

Les activités minières, l'extraction pétrolière et gazière, l'agriculture et les procédés industriels : tout cela contribue à contaminer les sols de la planète. Et, malheureusement, les méthodes de décontamination actuelles sont, en plus d'être coûteuses, loin d'être écologiques. Mais tout cela pourrait changer bientôt grâce à la bioremédiation.

La bioremédiation : 1 + 2 + 3

La bioremédiation représente un ensemble de processus qui permet de dépolluer le sol, l'eau et, même, l'air grâce à l'addition d'éléments savamment sélectionnés. La bioremédiation repose essentiellement sur les interactions entre les plantes, le sol et les microorganismes (bactéries et champignons).

Le sol sert de support au développement des plantes et des micro-organismes qui, eux, se nourrissent des polluants. Ainsi, on parvient à contrôler, voire à éliminer, la contamination. La dégradation des composés nuisibles est accélérée par l'action des microbes.

Contamination des sols

 

La bioremédiation : une solution verte

Les chercheurs Franz Lang, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique comparative et évolutive et professeur au département de biochimie à l'Université de Montréal, et Mohamed Hijri, professeur au département de sciences biologiques de l'Université de Montréal, s'intéressent de très près à la bioremédiation. Cette biotechnologie émergente utilise les plantes et les microorganismes pour décontaminer les sols.

 

En ce moment, le travail des deux chercheurs consiste, entre autres, à séquencer le génome de certains microbes afin de trouver les bactéries et les champignons les plus efficaces dans la décontamination des sols. Ils doivent aussi identifier la meilleure combinaison plante-champignon-bactérie de manière à rendre encore plus efficace le processus de décontamination.

 

La bioremédiation : un potentiel économique énorme

La bioremédiation offre un potentiel économique énorme pour le Canada. En effet, cette biotechnologie se révèle très abordable comparativement aux techniques de décontamination traditionnelles, comme l'excavation. « À l'heure actuelle, pour décontaminer un hectare, ça coûte plusieurs millions de dollars. Avec notre technologie, il suffit de planter des arbres, de les arroser et de faire le suivi. On laisse la nature faire son travail, » a expliqué Mohamed Hijri lors d'une entrevue diffusée sur les ondes de Radio Canada International.

 

« L'arbre que nous avons choisi est le saule, parce qu'il vit en symbiose intime avec les nombreux microbes du sol. C'est une espèce "pionnière" qui pousse rapidement dans des climats difficiles ainsi que sur des sols pauvres ou pollués. Les protocoles de décontamination des sols sur lesquels nous travaillons seront plus efficaces que les protocoles actuels, puisqu'ils comprendront des composants microbiens optimisés pour l'interaction avec les plantes. Ils seront plus rentables et rapidement utilisables par les compagnies de biotechnologies du domaine, » précise Franz Lang, le maître d'œuvre de cette importante recherche scientifique.

 

Il est presque inutile de préciser que le marché mondial de la décontamination des sols est immense. Effectivement, tant les pays industrialisés que ceux qui sont en voie de développement pourraient profiter des avantages de la bioremédiation.

Les services d'assainissement
au Canada

Au Canada, les services d'assainissement représentent un marché de plus de 30 milliards $. Au cours des 10 dernières années, ce secteur a pris de l'expansion tous les ans, d'autant plus que le nombre de sites contaminés qui ont été découverts a pratiquement doublé sur la même période. Sur le site gouvernement du Canada, on peut lire que : « dans le cadre du Plan d'action pour les sites contaminés fédéraux (PASCF), 245 millions $ ont déjà été alloués pour décontaminer les sites fédéraux en 2009 et 2010. Ce montant et les 547 millions $ non encore attribués du PASCF auront contribué à près de 590 projets d'assainissement dans l'ensemble du pays d'ici [à] la fin de 2011. » Et cela ne représente que la pointe de l'iceberg.

Source: Investir au Canada

 

Parce qu'il croit que la génomique permettra d'améliorer les façons de faire en environnement, Génome Québec contribue au soutien financier de plus de 7 millions de dollars octroyé à l'équipe de chercheurs montréalais. Voilà, entre autres, comment Génome Québec continue de relier la science à la vie.

 

Franz Bernd Lang

Professeur au département de biochimie à l'Université de Montréal

 

« La vie sur Terre telle qu’on la connaît est liée de façon intime à la relation existant entre les organismes. Dans un sol contaminé, ce n’est pas la plante qui fait le plus gros du travail; ce sont les microorganismes, c’est-à-dire les champignons et les bactéries. Or, il existe des milliers d’espèces de microorganismes. Notre tâche [consiste] à désigner les meilleures combinaisons plante-champignon-bactérie. » 

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Mohamed Hijri

Professeur au département de sciences biologiques de l'Université de Montréal

 

« Pour assainir les sols, nous voulons développer une technologie verte, qui est basée sur les plantes et les microorganismes, des bactéries et des champignons. Ces organismes-là vont utiliser les huiles comme une source de nourriture. Ils vont, en quelque sorte, les manger et les dégrader. En les dégradant, ils vont dépolluer progressivement les sols. Pour ce qui est des métaux lourds, qui ne peuvent être dégradés, nous voulons utiliser des microorganismes qui permettront d’accumuler les métaux dans certaines parties des plantes, comme les tiges et les feuilles, pour ensuite les récupérer et les incinérer. Les cendres obtenues seront envoyées dans des centres de traitement. Ultimement, notre rêve serait de transformer d’anciens sites industriels pollués en un jardin communautaire, un parc ou, encore, un endroit utile et propre pour que la vie urbaine s’épanouisse. »

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