Vers un dépistage personnalisé du cancer du sein


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Un dépistage personnalisé du cancer du sein, basé sur une analyse génomique, permettrait d’identifier dix fois plus de femmes à haut risque de développer la maladie.


Estimer le risque pour chaque femme de contracter un cancer du sein, à partir d’un simple échantillon de salive et de renseignements sur le mode de vie, c’est le rêve auquel aspire Jacques Simard, titulaire de la chaire de recherche du Canada en oncogénétique de l’Université Laval et chercheur au centre de génomique du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval. Actuellement, au Québec, le dépistage se fait essentiellement par mammographie et vise toutes les femmes de 50 à 69 ans, ainsi que les plus jeunes qui ont un historique de cancer du sein dans leur famille.


Malgré ces précautions, bon nombre de femmes à haut risque de développer la maladie échappent au dépistage préventif. Le chercheur propose donc un dépistage fondé sur l’estimation du risque individuel de développer ce cancer à partir de l’analyse de l’ADN et de l’identification des facteurs de risque pour chaque femme. Le but? Identifier le plus de femmes à haut risque pour les suivre de près.


Au-delà de l’âge, la génétique

Au Québec, une femme sur huit contractera un cancer du sein au cours de sa vie. Ce risque augmente avec l’âge, alors que 8 cancers sur 10 sont diagnostiqués après l’âge de 50 ans. C’est la raison pour laquelle le programme national de dépistage du cancer du sein cible ce groupe d’âge.


Par ailleurs, au milieu des années 1990, le Pr Simard a dirigé des études internationales qui ont permis de déterminer que les femmes porteuses de mutations des gènes BRCA 1 et BRCA 2 sont 10 fois plus à risque de contracter la maladie. C’est d’ailleurs cette particularité génétique qui a poussé l’actrice Angelina Jolie à avoir recours à la double mastectomie en 2013. Les femmes dont les membres de la famille ont été atteintes d’un cancer du sein ou des ovaires peuvent vérifier si elles sont cancer du seinporteuses de ces mutations par une simple prise de sang dans une clinique spécialisée. Grâce aux travaux menés par le chercheur, ces femmes à risque élevé bénéficient aujourd’hui d’un suivi rapproché incluant l’imagerie par résonnance magnétique (IRM) et la mammographie afin de repérer rapidement l’apparition éventuelle du cancer.


Ce premier type de dépistage personnalisé a déjà permis à des millions de femmes à travers le monde d’obtenir une meilleure estimation de leur risque de cancer du sein et des ovaires. Toutefois, l’âge des femmes et les mutations rares des gènes BRCA 1 et BRCA 2 (environ 1 femme sur 400) ne sont pas les seuls facteurs de risque dans le développement de la maladie. « Actuellement, la majorité des femmes à haut risque ne sont pas porteuses de ces mutations. On sait donc qu’il y a d’autres gènes ou d’autres anomalies impliqués », révèle le Pr Simard.


Un risque variable

En 2017, le chercheur annonçait avoir trouvé 72 nouveaux marqueurs génétiques propres au cancer du sein, pour un total de 180 découverts jusqu’à maintenant. Contrairement aux mutations qui empêchent un gène de fonctionner, ces marqueurs sont des variations génétiques altérant le rôle de certains gènes. « Chacune de ces variations, prises individuellement, fait augmenter légèrement le risque de cancer du sein, explique le chercheur. Cependant, si une femme en possède plusieurs, son risque de développer la maladie peut augmenter substantiellement ». À cela, s’ajoutent d’autres facteurs de risques reconnus comme la densité mammaire, déterminée par la mammographie, et certaines habitudes de vie (consommation d’alcool, exercice physique, etc.).


Afin d’identifier les femmes le plus à risque, Jacques Simard, sa collègue Anna Maria Chiarelli, chercheuse à l’Université de Toronto, et une importante équipe internationale s’affairent à séquencer les gènes de 10 000 femmes, dont la moitié sont atteintes du cancer du sein, dans l’espoir de découvrir de nouveaux gènes et de nouvelles variations génétiques rares ou communes favorisant le développement de la maladie. Leurs découvertes seront ensuite validées auprès de 100 000 femmes — dont la moitié, encore une fois, ont le cancer du sein —, pour préciser le risque associé à chacune des anomalies identifiées. L’objectif final? Élaborer et valider un test multigénique incluant ces nouveaux marqueurs associés au cancer du sein.

 

Être ou ne pas être à risque?

L’implantation d’un tel test de dépistage personnalisé pour toutes les femmes n’est évidemment pas sans défi. Les femmes accepteront-elles de passer ce test? Si oui, comment réagiront-elles aux résultats? Quels en sont les enjeux éthiques et juridiques? Une telle approche améliorera-t-elle les avantages et réduira-t-elle les inconvénients associés au dépistage par mammographie? Jacques Simard et ses collègues espèrent trouver des réponses auprès de 10 000 femmes actuellement suivies par mammographie et recrutées dans le cadre de ce projet.

S’il est convaincu qu’un dépistage personnalisé permettra de sauver des vies et de diminuer les coûts de traitements en détectant le cancer plus tôt, le Pr Simard précise qu’il doit être bien encadré : « Pour que la médecine de précision ait du succès, il faut s’assurer que l’information génétique soit bien expliquée et associée à des actions et des bénéfices pour le patient en offrant, par exemple, un suivi adapté aux femmes identifiées avec un risque élevé. »


Jacques Simard

« Pour que la médecine de précision ait du succès, il faut s’assurer que l’information génétique soit bien expliquée et associée à des actions et des bénéfices pour le patient en offrant, par exemple, un suivi adapté aux femmes identifiées avec un risque élevé. »


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