Tests génétiques
pour les nuls


L’expression « tests génétiques » ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Qu’en est-il pour vous? Un test génétique pour vérifier la paternité d’un homme sur son enfant présumé n’est pas la même chose qu’une analyse de vos gènes afin de voir votre prédisposition à une maladie. Mais les deux situations nécessitent d’explorer le génome d’un individu. Quelle est la différence? Le présent texte vous aidera à y voir clair. Mais d’abord, un petit cours de biologie cellulaire et moléculaire.
 

 

 

C’est quoi le génome?

Le corps humain compte environ 50 000 milliards de cellules, qui ont des spécialités : les cellules du cerveau et des nerfs (neurones) servent à transmettre des influx nerveux; certaines cellules du pancréas servent à fabriquer l’insuline; celles des muscles peuvent se contracter pour qu’on puisse bouger... Malgré leurs différences, toutes les cellules ont quelque chose en commun : elles ont toutes le même bagage génétique, aussi appelé génome. Petite ou grande taille, yeux bruns ou bleus, ce bagage est hérité de nos parents. Chacun d’entre nous a un génome unique, qui le distingue des autres humains.

Une cellule, c’est une cuisine où sont concoctées toutes sortes de protéines. Tous les instruments de cuisine sont là et les ingrédients de base (les acides aminés) abondent. Dans cette cuisine, on assemble les acides aminés pour en faire des protéines selon différentes recettes. Le génome, c’est le livre de recettes de nos cellules. Il est précieusement conservé dans un coffre-fort : le noyau de la cellule. Chaque gène est une recette qui dicte à la cellule comment fabriquer une protéine particulière.

Il y a environ 20 000 recettes dans ce livre, 20 000 gènes qui renferment la recette pour quelque 20 000 protéines différentes. Mais toutes les cellules ne fabriquent pas toutes les protéines du livre. Selon leur rôle (neurone, cellule du pancréas, cellule musculaire...), elles se spécialisent dans certaines recettes du livre et ne font jamais certaines autres. 

Lorsqu’une cellule reçoit l’instruction de produire une protéine particulière (par exemple des cellules du pancréas qui perçoivent que le sang contient trop de sucre et qui fabriquent de l’insuline), la cuisine se met en branle. Elle suit la recette et assemble les acides aminés dans le bon ordre pour former la protéine.

 

Mais le livre de recettes n’est pas à l’épreuve des erreurs;

il arrive parfois des accidents dans le génome...

Par exemple, lorsque la cellule se duplique, une lettre dans une recette peut être accidentellement remplacée par une autre. C’est ce qu’on appelle une mutation. Dans certains cas, la cellule arrive quand même à lire la recette; dans d’autres, c’est plus problématique : la protéine formée fonctionne mal ou ne fonctionne pas, ou la cellule cesse carrément de produire cette protéine.

Un tel dérèglement peut entrainer une maladie. Le cancer, par exemple, c’est une cellule détraquée par une mutation qui se met à se dupliquer sans contrôle et qui finit par former une masse de tissu envahissant et non fonctionnel : une tumeur.

Si les mutations peuvent être des accidents « naturels », elles peuvent aussi être dues à des causes extérieures. Les rayons ultraviolets, par exemple ceux du soleil, peuvent endommager le génome et provoquer des mutations dans le génome (et entrainer un cancer de la peau). Même chose avec des produits cancérigènes, comme la fumée du tabac qui entraine le cancer suite à une mutation provoquée dans une cellule du poumon. 

 

Interroger le génome

Depuis quelques décennies, les recherches en biologie ont graduellement permis de comprendre la structure du génome et sa fonction. Long et coûteux, le décryptage du génome est devenu rapide et accessible grâce à de récentes percées scientifiques. Il est maintenant possible d’explorer le génome d’un individu et d’aller voir ses « recettes ».

Faire un test génétique sur quelqu’un, c’est aller voir ce qui est écrit dans son génome à partir d’un petit échantillon de cellules vivantes. Mais voir ce qui est écrit dans le génome, ne permet pas nécessairement de comprendre ce qui est écrit. Séquencer le génome de quelqu’un, c’est comme télécharger un texte dans une langue étrangère. S’il est possible de voir chaque lettre de chaque gène, le génome est essentiellement une langue encore inconnue. À quelques exceptions près.

 Ce qu’il est possible de faire

 

Tests de paternité et de maternité.

Il est possible de comparer le génome d’une personne à celui d’une autre personne pour voir les similitudes et, par conséquent, les liens de parenté. C’est la façon dont on procède pour mener un test de paternité ou de maternité : on ne séquence pas la totalité du génome, mais on compare le degré de ressemblance entre certaines sections du génome de l’enfant et les mêmes sections du génome chez l’adulte. Pour cela, nul besoin de savoir ce que dit le texte, on ne fait que comparer les séquences de lettres.

 

Comparaison d’empreintes génétiques.

Un échantillon d’ADN recueilli sur les lieux d’un crime (gouttes de sang ou de sperme, racine d’un cheveu, salive, fragment de peau...) peut être analysé et comparé à l’ADN de suspects. Comme les empreintes digitales, les empreintes génétiques sont la preuve que quelqu’un est passé à l’endroit où les traces ont été laissées.

Recherche de mutations connues sur des gènes précis.

Même si le génome est largement un territoire inconnu, un bon nombre de séquences ont été identifiées comme responsables de certains traits ou de certaines maladies. On a trouvé l’utilité de certains gènes et on a repéré les mutations qui peuvent les rendre inopérants et entrainer une maladie. Il est donc possible de faire des tests génétiques pour avoir de l’information sur des maladies particulières, en séquençant de petites parties du génome, celles qui ont été associées à des maladies précises.

Les gènes BRCA1 et BRCA2, par exemple, lorsqu’ils sont défectueux, peuvent entrainer un cancer du sein ou des ovaires. Chez les gens dont l’historique familial présente des cas de cancer du sein, une analyse génétique peut permettre de détecter une mutation sur un de ces gènes et voir si les risques sont plus élevés d’en avoir un aussi (c’est le cas chez l’actrice américaine Angelina Jolie qui a perdu sa mère d’un tel cancer et qui a fait analyser ses gènes; le test, positif, l’a incité à se faire retirer les seins et les ovaires à titre préventif afin d’éviter d’avoir la maladie). 

Tests prénataux

Avant la naissance d’un enfant, il est possible d’analyser son génome et de voir les risques qu’il ait certaines maladies. Les trisomies, par exemple, peuvent être détectées très tôt au début du développement du bébé. Ensuite, la décision de poursuivre ou non la grossesse appartient aux parents.

La pharmacogénomique

L’une des applications les plus prometteuses de la génétique : certaines personnes réagissent mieux à certains médicaments que d’autres personnes et l’origine de cette réponse favorable se trouve dans leur génome. En analysant les gènes d’un patient, il devient possible de lui prescrire les médicaments auxquels il répondra le mieux. C’est déjà le cas pour certains médicaments antianxiolytiques, ce qui permet aux psychiatres d’éviter de prescrire des remèdes à tâtons jusqu’à ce qu’ils trouvent celui qui est adéquat. Actuellement, 40 % des médicaments en développement le sont en parallèle avec les tests génétiques qui permettront de les donner aux patients pour qui ce sera vraiment pertinent.

  

Ce qu’il est impossible de faire

En ce moment, s’il est possible de séquencer la totalité du génome d’un humain, il n’est pas possible d’en tirer un portrait total de tous les risques et les potentiels de cette personne. Bien sûr, plusieurs gènes sont maintenant connus et il est possible de tirer un peu d’informations d’un séquençage complet, mais l’essentiel demeure indéchiffrable.

En échange d’aussi peu que quelques centaines de dollars, certaines compagnies privées proposent le service de génotypage du génome. Leur interprétation des résultats peut varier d’une compagnie à l’autre selon les algorithmes qu’ils utilisent. L’acheteur peut alors connaitre ses prédispositions à certaines maladies, ou à certaines conditions banales comme la calvitie ou la capacité à digérer le lactose. 

 

Savoir lire les chiffres

De tels tests génétiques exigent un minimum d’habileté à décortiquer les statistiques...

De tels tests génétiques exigent un minimum d’habileté à décortiquer les statistiques. Prenons l’exemple fictif d’un test génétique destiné à mesurer le risque de développer la maladie d’Alzheimer qui annonce un risque 50 % plus élevé que la moyenne. Cela ne signifie pas qu’on a une chance sur deux d’avoir la maladie. Si la prévalence de cette maladie dans la population est de 2 %, cela signifie que vos risques s’élèvent à 3 % (50 % de plus que 2). De tels tests nécessitent donc un service-conseil complet et serré, afin de bien en comprendre les résultats. Ce que toutes les compagnies privées n’offrent pas nécessairement. 

 

 

Et Génome Québec dans tout ça?

Génome Québec ne peut pas réaliser ni prescrire de tests génétiques pour des particuliers. Son rôle est de financer la recherche québécoise en génomique et de fournir aux chercheurs les outils dont ils ont besoin pour poursuivre leurs travaux. L’organisme soutient plus d’une dizaine de projets à grande échelle pour le développement, la validation et l’implantation de tests génétiques, notamment :

 

Dépistage prénatal
Dr François Rousseau
Université Laval

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Cancer du sein
Pr Jacques Simard
Université Laval

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Maladies cardiovasculaires
Dr Jean-Claude Tardif
Institut de Cardiologie de Montréal
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